Quel avenir pour Sublime Text

Sublime Text 4 vient de sortir, l’occasion de vous présenter mon éditeur de texte favori et préciser pourquoi je vais le quitter.

Qualités

Sublime Text (ST pour les intimes) est disponible sur Windows, Mac, Linux :

  • Très léger et rapide, hautement personnalisable, stable
  • Je considère Atom, Visual Studio Code comme des éditeurs de code. ST est un éditeur de code et un VRAI éditeur de texte, j’écris mes articles de blog et mes notes avec
  • Si on désire un éditeur de texte (j’exclus Atom, Visual Studio Code) graphique (adios Vim) sur Linux (désolé Notepad++), il n’a aucune concurrence sérieuse (gedit nettement moins puissant et personnalisable)

Après plus de 4 ans d’utilisation de Sublime Text 3 :

  • En 15 ans d’informatique professionnel, le meilleur outil que j’ai utilisé (évidemment cela dépend des besoins de chacun)
  • Il répond à **tous** mes besoins ET j’ai pu mettre en place toutes mes idées tordues : Paramétrages fins, raccourcis clavier/souris, onglets, macros…
  • Le côté propriétaire aurait pu me rebuter. La possibilité de l’utiliser « pleinement » et « gratuitement » avec une pop-up qui s’ouvre assez rarement pour rappeler de prendre la licence a été le bon choix de l’équipe Sublime pour favoriser les tests. Après 6 mois j’ai décidé d’acheter la licence, j’aurais pu me passer de l’achat, la pop-up me dérangeant vraiment très peu par sa récurrence
  • ST fait partie de la liste très restreinte des outils qu’il faut utiliser pour comprendre et saisir le mot qualité, ce qu’apporte un bon outil/logiciel. J’ai littéralement découvert « ce qu’on peut faire avec un éditeur de texte » avec ST. Comparer Notepad++ et ST par exemple revient à comparer un vélo enfant avec une moto GP

Mon usage et amour du terminal devrait me conduire à utiliser Vim, je reste attaché à ST… plus pour longtemps.

Propriétaire… et cher

Pour moi un logiciel libre procure de nombreux avantages (développement communautaire, fork possible, code ouvert, licence, coût…) mais n’est pas un prérequis dans mon choix d’un outil. Pour un même usage, si un outil libre est moyen et un outil propriétaire payant excellent, je choisirais l’outil proprio. C’était la théorie, dans la pratique le seul logiciel proprio que j’utilise est Sublime Text.

J’ai pris la licence (70$ de ma poche) pour ST3 en août 2017. Aucun regret, outil de grande qualité.

Sublime Text 4 fait évoluer son modèle commercial, l’acquisition est à 99$ (réduction en ce moment 80$) avec 3 ans d’upgrade. La licence n’expire pas (vous pourrez continuer à utiliser ST4 dans 100 ans) mais si vous souhaitez accéder aux mises à jour après 3 ans, il faudra upgrade la licence pour 80$ (voir la Sales FAQ).

Payer ne me bloque pas, le coût de ST4 par contre…

Concurrence : Artisanal versus communautaire

La concurrence est nombreuse : Visual Studio Code ou VSCodium, Atom, Vim, Geany, gedit… la majorité open source, difficile de rivaliser avec des dizaines de développeurs bossant de manière collaborative. À noter que de nombreuses extensions/modules supplémentaires sont proposées avec ces outils, plus un outil est utilisé et plus il y a de modules dessus.

L’équipe de dev (quelques personnes) de Sublime maintient aussi Sublime Merge. La dernière version de ST3 est sortie en octobre 2019, la première stable ST4 en mai 2021. Sublime est une petite équipe qui fait et vend de la qualité… mais le développement et les corrections sont (trop ?) longs.

La qualité a encore de nombreux adeptes prêts à payer, le problème vient du positionnement. ST s’adresse aux professionnels, il est vendu comme un éditeur de code et est un excellent éditeur de texte (mais personne ne met 99$ pour un éditeur de texte). Comme éditeur de code, il est frontalement en concurrence avec Visual Studio Code qui remporte tous les suffrages depuis 2-3 ans, gratuit, open source, très activement maintenu avec de nombreuses extensions et features sexy ainsi que Microsoft derrière.

Sublime Text 4

Une nouvelle version majeure d’un outil m’amène forcément à un point d’étape, à le comparer aux références et aux évolutions de sa catégorie.

Je teste ST4 depuis 3 mois, j’ai remonté quelques bugs sur le tracker. Le choix de sortir (commercialiser) une nouvelle version majeure d’un logiciel proprio est avant tout commercial. Je ne peux m’empêcher d’être critique (l’équipe fait et vend de la qualité, le coût est élevé) quand je pense à Debian qui sort une nouvelle majeure « quand c’est prêt ». Sans surprise lorsque je regarde le forum et le tracker, la première stable de ST4 manque de maturité et stabilité. Je ne conseille à personne d’acheter la licence, il vaut mieux attendre une ou deux versions stable. Donc plusieurs mois.

Au niveau des extensions, le retard est énorme par rapport à ce qui est proposé chez Visual Studio Code sans compter que les utilisateurs (développeurs) ont pris leur habitude dessus.

En me replongeant dans la configuration de ST, j’ai pu constater sa mauvaise documentation : Une doc officielle légère, une Community-driven Documentation en train d’être mise en place (anciennement Sublime Text Unofficial Documentation), Preferences.sublime-settings bien commenté mais pas exhaustif, un forum (faisant office de Technical Support). Dans la pratique j’ai rarement eu suffisamment d’informations pour m’en sortir et ça finit sur Stack Overflow. La documentation est une tâche lourde, demandant beaucoup de temps, de connaissances et de travail (synthèse, précision, correction, mises à jour, UX…) très difficile à fournir pour une petite équipe.

Choix commerciaux et contexte

Je voulais souligner à travers cet article des choix et un contexte qui vont amener l’équipe de Sublime dans l’impasse : Une concurrence féroce, augmentation du coût de la licence, retard au niveau des extensions, documentation très perfectible, travail artisanal face au rouleau compresseur d’une construction communautaire.

Sublime Text ne tient pas la comparaison avec VSCode niveau éditeur de code, il reste un excellent éditeur de texte (sans prétendant sérieux). Commercialement (car il s’agit de l’ADN de Sublime) j’aurais proposé la licence à 40$ pour faciliter/fluidifier le passage à la caisse des pros, mis bien plus en avant le côté éditeur de texte (qui reste un besoin pour les pros) afin de moins souffrir et l’exposer à la concurrence frontale de VSCode.

Techniquement ST4 est un excellent outil mais les choix commerciaux et le contexte concurrentiel ne jouent pas en sa faveur.

Déjà 13 avis pertinents dans Quel avenir pour Sublime Text

  • anatole M
    Je viens de remarquer que je n’ai qu’un seul éditeur de texte installé sur ma machine, je ne pense pas que Mousepad puisse faire le job :)
    A pluche.
  • C’est un choix difficile et presque intime les éditeurs de code et les IDE. De mon côté je suis toujours tiraillé entre VSCode, Vim et les outils JetBrains par exemple.

    Effectivement VSCode est un rouleau compresseur avec Microsoft derrière ainsi qu’une grosse base d’utilisateurs, son gros point fort c’est le IntelliSense. Après honnêtement je le trouve parfois assez lent, par exemple pour de très gros fichiers je préfère Vim. Évidemment la courbe d’apprentissage de Vim est ardue, j’ai commencé mais je ne me suis pas encore bien plongé dedans, ceci dit je m’en sers régulièrement à travers SSH et c’est un excellent outil que j’aimerais connaître plus en profondeur.

    Sinon dans une philosophie totalement différente on a les IDE de JetBrains (PyCharm, WebStorm, IntelliJ…) qui sont très fournis et qui permettent de travailler très rapidement avec la configuration par défaut, mais ce sont des outils assez chers. Sur Mac, l’éditeur Panic vient de sortir Nova dont le point fort est d’être un éditeur natif (pas une webapp électron) donc bien intégré à l’OS, il coûte à peu près autant que Sublime et quand je l’avais essayé j’avais bien aimé ; l’outil le plus proche sur Linux j’ai l’impression que c’est Gnome Builder, mais je ne suis pas sûr qu’il soit optimisé pour travailler sur autre chose que des projets Gnome.

  • Yax
    J’ai beaucoup apprécié ton argumentaire. J’avais beaucoup apprécié aussi SB2 puis SB3 jusqu’à faire payer une licence à mon ancien employeur. Ayant des besoins plus orientés éditeur de code, j’avais ensuite migré vers Atom puis tardivement vers VsCode ; accepter que Microsoft puisse produire le meilleur éditeur de code a été difficile à accepter mais le résultat est là. Et aujourd’hui c’est VsCode pour presque tout, la richesse des extensions est infinie, et Vim si je suis dans un workflow console (revue de code, merge git…)
  • foolke
    Il y a aussi gVim pour ceux qui veulent la puissance de Vim dans un éditeur graphique. Ayant déjà énormément de fenêtres de terminal (malgré Tmux) je suis content d’avoir une fenêtre dédiée à Vim grâce à gVim.
    À ceux qui utilisent VSCode, et qui sont sensibles au libre, pourquoi n’utilisez-vous pas Codium ? (C’est une vraie question)
  • emacsite
    Salut, ST,  » il n’a aucune concurrence sérieuse  » , si l’on ommet l’argumentaire de la competition ;

    Tu n’as pas l’impression qu’il y a un éléphant dans la pièce ? Emacs ! Emacs est un éditeur de code et un éditeur de texte et bien plus, il est infiniment extensible (au point que certains vivent quasi-exclusivement dedans), il a la meilleure émulation de Vim du monde (c’est paradoxal mais c’est comme çà, si tu veux Vim partout tu utilises Emacs avec Evil mode ) et évidemment il est libre (le ciseau de la FSF, l’enclume étant gcc).

    Emacs fonctionne avec LSP si c’est ce que tu veux, Emacs peut être utilisé pour générer des blogs avec Org-mode, Emacs peut envoyer tes mails, consulter usenet, lire ce flux RSS, EMACS

    Je suis en train d’implémenter M-x lave-la-vaiselle pour la version 29, restez au courant !

  • Arhgi
    Salut,
    Qu’est-ce que tu mets comme différences entre éditeur de code et éditeur de texte ? Quelles fonctions spécifiques ? Car j’ai du mal à comprendre la différence que tu mets entre ST et par ex VScode ou Atom.

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